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En cours d'un entretien avec le magazine Bourse Plus, nous avons eu l'occasion d'exprimer notre point de vue sur les solutions de création de sites Internet et, plus généralement, sur l'évolution du marché de la création de sites.



Bourse Plus Hebdo : Troll d’idées est une jeune pousse française qui édite un logiciel en mode hébergé : Kiubi. Ce logiciel permet aux professionnels de créer des sites Internet pour le compte de TPE ou de PME. La société vient de lever 300 000 euros et elle emploie six personnes. En quelques mois, elle a ouvert plus de 1 500 sites Internet. Comment évolue ce marché qui est en pleine mutation ? C’est la question que nous analysons cette semaine avec Marc Beyer, co-fondateur de Troll d’idées et du logiciel Kiubi. Un entretien qui permet de comprendre l’ampleur du marché de la création de sites, car toutes les TPE-PME commencent à lancer leur site.



Vous êtes dans un domaine très concurrentiel, avec d’un côté des indépendants qui proposent des services de création de sites et, de l’autre, des outils CMS gratuits, comme SPIP ou Joomla. Vous opérez dans l’univers des logiciels de conception de sites et ce n’est pas à titre gratuit : pourquoi faire appel à vous ?

Marc Beyer : D’abord nous ne sommes pas des créateurs de sites internet. Nous sommes exclusivement un éditeur de logiciels. Kiubi est un CMS important qui intègre un logiciel de gestion de contenus, mais aussi de blogs, de catalogues de produits, de boutiques et de l’extranet.

Ce qui nous rend unique sur le marché, c’est notre positionnement. Nous nous adressons avant tout aux professionnels de l’Internet, c’est-à-dire les annonceurs, les agences de communication et les créateurs indépendants. Nous sommes un outil complémentaire de ce qu’ils utilisent habituellement, c’est-à-dire des CMS comme Spip qui est gratuit. Ces outils gratuits sur le papier génèrent un certain nombre de coûts cachés sur le plan technique : ce sont des outils que l’on doit installer et que l’on doit maintenir. Il y a tout un lot de tâches que les professionnels de l’Internet ont beaucoup de mal à valoriser auprès de leurs clients. C’est bien connu, tout est gratuit sur Internet, mais malheureusement les professionnels doivent effectuer un certain nombre d’opérations techniques qu’ils ont du mal à vendre. En revanche les opérations à forte valeur ajoutée, comme la création graphique ou les opérations de référencement, sont facilement valorisables auprès des clients.

Nous sommes donc partis du constat que les professionnels de l’Internet avaient un certain nombre de problématiques que nous devions résoudre et un certain nombre de besoins en matière de valorisation de leurs prestations. Finalement, nous avons conçu un outil qui leur permet d’éliminer la quasi-totalité des charges techniques. C’est un outil qui a tous les avantages du mode hébergé, mais qui va aussi leur permettre d’avoir une liberté graphique, de référencement et de webmarketing très importante, au même titre que les outils de l’open source : nous réunissons au sein d’un même outil les avantages du mode hébergé et les avantages de l’open source. En aucun cas nous ne sommes une solution miracle adaptée à tous les projets : nous sommes simplement complémentaires des outils que les prestataires Internet utilisent quotidiennement, mais qui ne sont pas forcément adaptés à tous les projets.

En ce moment, les budgets diminuent considérablement et les prestataires ont besoin de ce concentrer sur leur véritable savoir-faire. Comme nous sommes seulement un éditeur de logiciel, ils sont capables de travailler avec nous en toute confiance et ils savent que nous n’allons pas chercher à leur prendre des clients. Nous travaillons avec une quarantaine de partenaires, alors que nous avons communiqué très fortement sur notre présence depuis le mois de janvier. Nous recrutons actuellement en moyenne quatre nouveaux partenaires chaque semaine. La qualité très importante de notre outil est réellement bien perçue. Maintenant, il y a toujours des personnes très attachées à l’open source et qui ne veulent pas goûter au mode hébergé…



Donc, contrairement à un outil de création de sites internet que le patron de PME peut gérer lui-même, votre outil nécessite le passage par un intermédiaire… Le patron de PME peut-il créer son site lui-même ?

Non, il ne peut pas bidouiller la création de son site. C’est une utopie que certains prestataires Internet vendent à leurs clients. A partir du moment où vous voulez avoir un site de qualité professionnelle, si vous n’avez pas de connaissances minimum dans la création d’un site Internet, vous allez devoir passer par un prestataire. Nous ne vendons pas l’illusion que quelqu’un va pouvoir se débrouiller dans toutes les situations et tout seul…



Il y a cette idée répandue : débrouillez-vous vous-même, payez votre abonnement… Résultat, on se retrouve avec des sites très médiocres…

Vous êtes complètement dans le vrai ! Nous n’entrons pas dans ce discours. N’importe qui peut créer un compte chez nous et commencer à travailler. Cependant, si la personne n’a pas de compétence en matière de création de sites, elle va se retrouver bloquée à un moment ou un autre. A ce moment-là, nous lui recommandons de passer par un prestataire. Nous avons un réseau de partenaires prestataires web de qualité, mais il peut très bien choisir n’importe quel prestataire Internet et lui présenter Kiubi, puisque c’est un outil qui a été conçu pour les prestataires internet. Un prestataire compétent peut trouver ses marques rapidement et nous sommes à sa disposition s’il a besoin d’aide pour aller plus loin dans la maîtrise de Kiubi.

Nous avons une console d’administration qui est suffisamment ergonomique et fonctionnelle pour que quelqu’un, qui ait des connaissances minimales, puisse quotidiennement mettre à jour son site. La partie création est entre les mains d’un prestataire, alors que la partie gestion quotidienne est entre les mains de la TPE ou de la PME, qui va ajouter ses produits ou rédiger son actualité.



Actuellement, toutes vos offres sont en mode hébergé. Or, beaucoup de prestataires indépendants aiment bien travailler avec un prestataire uniquement dans ce domaine. Votre solution logicielle peut-elle être achetée pour être intégrée ensuite dans une plateforme d’hébergement ?

Ce n’est pas possible, car nous sommes vraiment dans un pur mode hébergé et c’est ce qui fait
l’intérêt de notre solution. Le téléchargement de Kiubi n’est pas possible, compte tenu de la typologie de l’outil qui est mutualisé. Ce n’est pas du tout pareil qu’un outil open source conçu pour un seul site. Donc, l’installer sur un autre hébergement n’apporterait aucune valeur ajoutée pour un prestataire Internet. Notre force, c’est justement d’héberger la structure technique puisque nous nous occupons des mises à jour, des bugs et des failles de sécurité, … A partir du moment où nous intégrons une nouvelle fonctionnalité, tous les sites Kiubi disposent de cette fonctionnalité. Nous nos occupons vraiment de toute la partie technologique. Le prestataire prend en charge le design, la configuration du site, le référencement et l’accompagnement du client.



Sommes-nous dans une période charnière en matière de création de sites pour les TPE et les PME ?

Nous sommes dans une période charnière. Internet est maintenant bien entré dans les mœurs. Il y a quelques années, nous devions justifier l’intérêt d’avoir un site Internet, mais c’est quelque chose que nos partenaires n’ont plus besoin de faire. Ils ont surtout besoin de valoriser leur savoir-faire et de proposer leurs prestations à des prix compétitifs. Depuis l’année dernière, la situation économique tire malheureusement les prix vers le bas. Cependant, vous avez toujours des petites entreprises qui exigent une qualité de sites relativement importante. Vendre l’illusion que l’on peut se débrouiller tout seul est un piège, car on se retrouve généralement avec des sites très mauvais. De nombreuses structures ne veulent plus entrer dans ce jeu-là.

Pour moi, 2009 est une année importante pour les prestataires internet, qui vont devoir s’adapter à la diminution des budgets tout en continuant de proposer des services de qualité. C’est dans ce sens que nous avons créé Kiubi car pour répondre à cette demande, les prestataires doivent obligatoirement éliminer une partie de leur ancien travail, c’est-à-dire la maintenance technique. Ils peuvent donc gagner du temps et faire baisser leur prix. Par ailleurs, le mode SaaS commence à s’imposer tout doucement. On voit aujourd’hui des opérateurs comme Kiubi qui arrivent sur le marché et qui permettent aux prestataires Internet de travailler sur des technologies distantes tout en disposant d’un outil de grande qualité, ce qui n’était pas forcément le cas auparavant. Les plateformes hébergées de l’ancienne génération permettaient d’avoir un gain de temps sur la partie technique, mais il était très difficile d’obtenir des sites de qualité.



On constate que les prestataires indépendants occupent toujours une place importante dans le domaine de la création de sites internet, alors que ce que l’on appelait les agences spécialisées ont eu des difficultés… Comment analysez-vous ce phénomène ?

Nous venons du monde de l’agence Web. Pour créer un outil comme le nôtre, il fallait avoir une maîtrise du marché de la création de sites Internet. Nous avons remarqué, lors de notre levée de fonds, qu’une quantité astronomique d’agences Web ont dû fermer. Ce sont essentiellement des agences qui avaient entre quatre et cinq ans d’activité. Elles avaient développé des sites qui vieillissaient mal et elles ont dû passer plus de temps à faire de la maintenance technique, qu’à faire du commercial… Un certain nombre d’agences ont dû se réorganiser de manière différente : en devenant plus petites ou en devenant plus grosses et en se concentrant sur du développement d’applications sur mesure. C’est pour cette raison que l’on a vu arriver sur le marché de nombreux créatifs. Les agences spécialisées dans la création de sites internet avec quelques salariés sont moins importantes qu’il y a quelques années sur le marché. Beaucoup de créatifs ont quitté leur agence d’origine pour devenir indépendants et travailler avec quelques clients. 2004 a été une année charnière dans ce domaine. C’est d’ailleurs impressionnant de voir le nombre important d’agence Web qui ont fermé à cette époque ! C’est la raison pour laquelle nous avons développé Kiubi…


Propos recueillis par Yannick Urrien pour Bourse Plus Hebdo N° 495

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(anti-spam)En quelle année était-on en juillet 2006 ?